Qu’est-ce qu’un gliome IDH-muté ?
Les gliomes IDH-mutés sont des tumeurs cérébrales primitives, c’est à dire qu’elles sont originaires du cerveau, d’évolution lente ou intermédiaire, issues des cellules de soutien du cerveau appelées cellules gliales.
Les gliomes IDH-mutés se distinguent des glioblastomes par leur comportement plus indolent, leur meilleur pronostic et surtout par la présence d’une mutation du gène de l’isocitrate déshydrogénase (IDH). Cette mutation joue un rôle essentiel dans le métabolisme cellulaire et confère à la tumeur un profil biologique particulier responsable d’une croissance plus lente et une sensibilité à certains traitements.
Fréquence et population concernée
Les gliomes IDH-mutés représentent environ 20 à 30 % des tumeurs cérébrales gliales.
Ils apparaissent en général chez l’adulte jeune, entre 30 et 50 ans, souvent actif et en bonne santé par ailleurs.
Il n’existe pas de cause clairement identifiée, mais des facteurs génétiques rares peuvent parfois être impliqués (syndromes de prédisposition).
La découverte d’un gliome IDH-muté
Le mode de révélation le plus fréquent des gliomes IDH-mutés est la survenue de crises d’épilepsies, que l’on observe dans plus de 90 % des cas. Les crises d’épilepsie associées aux tumeurs cérébrales se présentent habituellement sous la forme d’une seule crise ou de crises répétées focales, avec ou sans perte de connaissance, et peuvent s’accompagner d’un déficit neurologique transitoire et réversible.
Les gliomes IDH-mutés peuvent être découverts par hasard lors de la réalisation d’une imagerie cérébrale pour une tout autre raison. La tumeur cérébrale est alors asymptomatique au moment de sa découverte.
Les signes d’hypertension intracrânienne ou un déficit neurologique constitué sont des modes de révélation plus rare (que l’on retrouve plus fréquemment dans des gliomes cérébraux plus agressifs).
Cependant, aucun symptôme n’est spécifique d’un sous-type de tumeur et ne signe en rien l’agressivité tumorale.
Au-delà du symptôme révélateur, les patients porteurs d’un gliome IDH-muté présentent également des troubles des fonctions cognitives, qui sont le plus souvent modérées et qui peuvent passer inaperçues.
L’aspect d’un gliome en imagerie
La réalisation d’une IRM cérébrale est l’étape clé pour orienter le diagnostic de gliome IDH-muté.
Sur l’IRM, le gliome IDH-muté apparaît comme une lésion assez mal limitée, souvent infiltrante dans le tissu cérébral apparaissant en gris en séquence T1 (hyposignal T1) et apparaissant en blanc en séquences T2 et FLAIR (hypersignal T2/FLAIR). La tumeur ne fabriquant pas de néovaisseaux, on ne retrouve pas de prise de contraste ni d’hyperperfusion.
En l’absence de traitement dédié, les gliomes IDH-mutés présentent une lente croissance radiologique au fil du temps. Cette croissance tumorale que l’on peut quantifier par le taux de croissance radiologique au fil du temps est directement en lien avec l’agressivité tumorale. Un gliome IDH-muté est toujours une tumeur évolutive : moins de 8mm/an pour un gliome IDH-muté de bas grade de malignité, plus de 8mm/and pour un gliome IDH-muté de haut grade de malignité (et plus de 40mm/an pour un gliome IDH non muté de haut grade).
Si les caractéristiques de l’IRM permettent d’orienter fortement vers le diagnostic, seule l’analyse histo-moléculaire du tissu tumoral permet de le confirmer.

LEGENDE : Aspect en IRM d’un astroctyme IDH-muté de grade 2 à gauche d’un astrocytome IDH-muté de grade 3 au centre et d’un astrocytome IDH non-muté de grade 4 (glioblastome) à droite.

LEGENDE : Exemples de croissance radiologique avant traitement selon le degré d’agressivité des astrocytomes.

LEGENDE : Exemples de croissance radiologique avant traitement selon le degré d’agressivité des oligodengrogliomes (grade 2 : E-F et C-D; grade 3 : A-B).
Depuis la classification 2021 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les tumeurs cérébrales ne sont plus classées uniquement selon leur aspect au microscope. On prend désormais en compte à la fois de l’apparence des cellules et leurs caractéristiques génétiques. Parmi les gliomes porteurs d’une mutation du gène IDH, on distingue deux grands types : l’astrocytome IDH-muté issu des astrocytes et l’oligodendrogliome IDH-muté issu des oligodendrocytes.
L’oligodendrogliome est défini par deux critères indispensables : la présence d’une mutation du gène IDH et la perte simultanée de deux fragments chromosomiques appelée co-délétion 1p/19q. L’astrocytomes possède le plus souvent la mutation IDH mais ne possède pas la co-délétion 1p/19q.
Chaque tumeur est ensuite classée en grade de malignité (établi de 2 à 4) selon son degré d’agressivité. Cette agressivité est évaluée au microscope (vitesse de multiplication des cellules, présence de nécrose, présence de nouveaux vaisseaux sanguins appelée néoangiogenèse) et par certains marqueurs génétiques comme la perte du gène CDKN2A.
L’oligodendrogliome peut être de grade 2 ou de grade 3 de malignité. Il n’existe pas d’oligodendrogliome de grade 4 dans la classification actuelle.
L’astrocytome IDH-muté peut être de grade 2, de grade 3 ou de grade 4. Un astrocytome IDH-muté de grade 4 est totalement différent d’un glioblastome, qui correspond à un astrocytome de grade 4 sans la mutation IDH.
La prise en charge d’un gliome IDH-muté
Lorsqu’un gliome IDH-muté est suspecté sur l’imagerie, un avis neurochirurgical doit être pris. Il n’y a pas d’urgence à proprement parler il est idéal d’obtenir un rendez-vous rapide pour cadrer la future prise en charge et apaiser l’inquiétude du patient.
Un second avis est particulièrement indiqué du fait de l’absence d’urgence et particulièrement si le gliome a été jugé « inopérable » par une première équipe neurochirurgicale.
Ici, le Professeur Pallud explique comment préparer au mieux sa consultation avec le neurochirurgien : LIEN INTERNET : https://www.youtube.com/watch?v=zV4t9zQqy10&t=92s
La prise en charge pré-thérapeutique comprend une consultation avec un neurochirurgien, une IRM cérébrale multimodale, la discussion au cas par cas des traitements médicamenteux à instaurer (corticoïdes, anti-épileptiques), une consultation d’anesthésie pré-opératoire et un bilan de santé pré-opératoire (prise de sang, radiographie). D’autres examens peuvent être réalisés, au cas par cas, selon les préconisations du neurochirurgien ou de l’anesthésiste.
En parallèle du bilan pré-thérapeutique de la tumeur, un bilan des fonctions cérébrales est systématiquement réalisé. Il comprend une IRM fonctionnelle, une évaluation orthophonique, une évaluation neuropsychologique et, selon les besoins, une évaluation psychologique, psychiatrique et de kinésithérapie.
Cette approche intégrée permet de comprendre l’interaction entre la fonction cérébrale et la tumeur. C’est un préalable indispensable pour offrir la prise en charge thérapeutique la plus adaptée, tout en réduisant au maximum le risque de séquelle neurologique.
La chirurgie, étape essentielle du traitement d’un gliome IDH-muté
L’intérêt de la chirurgie d’un gliome IDH-muté est triple :
- Diagnostique, en permettant l’analyse et le diagnostic histo-moléculaire de la tumeur
- Symptomatique, en améliorant les symptômes en levant la compression cérébrale
- Oncologique, en améliorant le pronostic et la survie en retirant la tumeur
La chirurgie a donc pour principal objectif de retirer la tumeur le plus complètement possible, tout en préservant les fonctions cérébrales importantes. Les gliomes cérébraux étant systématiquement à à proximité immédiate ou dans des zones du cerveau responsables de fonctions essentielles telles que la parole, le langage, la mémoire ou le mouvement, la réalisation d’une cartographie des fonctions cérébrales est indispensable pour mener la chirurgie en sécurité.
La chirurgie éveillée permet d’évaluer ces fonctions en temps réel pendant l’opération. Cette approche vise à retirer la tumeur de façon sécurisée tout en préservant au maximum les connexions cérébrales impliquées dans ces fonctions cruciales, afin de maintenir les capacités du patient. La chirurgie éveillée constitue la technique de référence pour aider le neurochirurgien à déterminer, au cours de l’intervention, les limites de la résection cérébrale.
Pour tout savoir sur la chirurgie éveillée des gliomes IDH-mutés (cf section chirurgie éveillée).
Pour la réaliser, le neurochirurgien peut s’aider d’outils comme la neuronavigation IRM (cf section neuronagivation) et l’échographie per-opératoire (cf section échographie).
Le Professeur Pallud résume les principes de la chirurgie éveillée en 5 minutes
Mettre la vidéo YOUTUBE : https://www.youtube.com/watch?v=g2ryk-SYbZU&t=8s
Le Professeur Pallud détaille le déroulé de la chirurgie éveillée en 20 minutes
Mettre la vidéo YOUTUBE : https://www.youtube.com/watch?v=BSXOGbePR8E&t=359s

LEGENDE : Différents exemples de résection chirurgicale sous le contrôle d’une cartographie fonctionnelle per-opératoire en conditions éveillées de gliomes IDH-mutés centrés sur l’insula.
La prise en charge postopératoire d’un gliome IDH-muté
Après la chirurgie, un traitement post-opératoire, appelé traitement oncologique adjuvant, est discuté au cas par cas pour un gliome IDH-muté. Le choix du traitement post-opératoire est décidé au cours d’une réunion regroupant les différents spécialistes intervenant dans la prise en charge des tumeurs cérébrales (neurochirurgiens, neuro-oncologues, radiothérapeutes, neuropathologistes, neuroradiologues). On parle alors de Réunion de Concertation Pluri-disciplinaire (RCP) de Neuro-Oncologie.
Le dossier de chaque patient est discuté au cas par cas en tenant compte des particularités du patient (âge, état général, état neurologique et neuro-cognitif, profession, loisirs, souhaits) et des particularités de la tumeur (sous-type, grade de malignité, vitesse de croissance radiologique, volume tumoral, résidu post-opératoire) pour proposer le traitement oncologique le plus adapté à sa maladie. A la fin de cette réunion, un Projet Personnalisé de Soins (PPS) est défini puis expliqué au patient par l’un des spécialistes impliqués dans la prise en charge.
Le traitement post-opératoire peut comporter les éléments suivants :
- Surveillance simple : si résection large et tumeur de bas grade de malignité
- Thérapie ciblée anti-IDH : en cas de reliquat lésionnel et tumeur de bas grade de malignité
- Chimiothérapie par PCV (Procarbazine, Lomustine, Vincristine) ou par Témozolomide
- Radiothérapie
Le suivi à long terme
Les gliomes IDH-mutés sont des tumeurs chroniques que l’on ne peut guérir mais que l’on peut contrôler sur de longues périodes. L’objectif de la prise en charge médicale est de permettre une stabilisation prolongée de la maladie pour préserver la qualité de vie des patients.
Le suivi est donc adapté à la tumeur et comporte des consultations spécialisées avec IRM cérébrales régulières tous les 3 à 6 mois. Au cours du suivi, toutes les mesures sont prises pour atténuer les conséquences de la maladie et permettre une vie la plus normale possible, notamment grâce à l’ajustement du traitement antiépileptique en fonction des besoins et grâce au soutien neuropsychologique et à la rééducation cognitive
Récidive tumorale
Avec le temps, le gliome IDH-muté récidiver localement ou évoluer vers une forme plus agressive. En cas de reprise évolutive de la maladie, le choix du traitement à appliquer est décidé au cours d’une RCP de Neuro-Oncologie. Une nouvelle chirurgie peut être proposée. Une nouvelle ligne de chimiothérapie ou une radiothérapie complémentaire peuvent être envisagées.
Les travaux de recherche menés par le Professeur Pallud
Docteur en neurosciences et Professeur de neurochirurgie, Johan Pallud mène des travaux de recherche sur les tumeurs cérébrales et, en particulier, sur les gliomes cérébraux. Ses recherches visent à mieux comprendre l’évolution naturelle de ces tumeurs, les mécanismes de l’épilepsie associée, et à développer de nouveaux outils de diagnostic et de suivi intégrant des données de neuroimagerie, histomoléculaires et électrophysiologiques. Elles ont donné lieu à plus de 290 publications dans des revues scientifiques à comité de lecture et à de nombreuses conférences internationales.
Dans ces vidéos, le Professeur Pallud et son équipe expliquent les grandes lignes de leurs travaux de recherche inspirés des besoins énoncés par les patients :
https://www.youtube.com/watch?v=nCpbph1HdEk&t=81s
Publications scientifiques récentes du Professeur Pallud et de son équipe sur les gliomes IDH-mutés
- 2025. La nécessité de repenser le grade des olidogendrogliomes IDH-mutés
LIEN ARTICLE : https://academic.oup.com/neuro-oncology/article-abstract/27/4/1128/8115477?redirectedFrom=fulltext&login=false
- 2025. L’aide des explorations neurophysiologiques pour dépister l’infiltration tumorale au cours de la chirurgie
LIEN ARTICLE : https://academic.oup.com/neuro-oncology/article-abstract/27/4/1128/8115477?redirectedFrom=fulltext&login=false
- 2025. Chirurgie éveillée chez les patients porteurs d’un gliome insulaire récidivant
LIEN ARTICLE :
https://journals.lww.com/neurosurgery/abstract/2025/08000/feasibility,_safety,_and_impact_of_awake_resection.13.aspx
- 2024. La nécessité de repenser la place des traitements oncologiques après la chirurgie de résection large des gliomes IDH-mutés de grade 3
LIEN ARTICLE : https://academic.oup.com/neuro-oncology/article-abstract/27/4/1128/8115477?redirectedFrom=fulltext&login=false
- 2024. La définition de nouveaux critères pronostiques dans les gliomes IDH-mutés à l’ère des thérapies ciblées anti-IDH
LIEN ARTICLE : https://academic.oup.com/neuro-oncology/article/26/10/1805/7697865?login=false
- 2024. La valeur pronostique de la vitesse de croissance tumorale dans les astrocytomes à l’ère de la classification OMS 2021
LIEN ARTICLE : https://thejns.org/focus/view/journals/neurosurg-focus/56/2/article-pE4.xml
- 2021. Modélisation de l’effet de la radiothérapie sur l’évolution radiologique des gliomes IDH-mutés
LIEN ARTICLE : https://www.mdpi.com/2075-4426/11/8/818
- 2021. Chirurgie éveillée chez les patients porteurs d’un gliome insulaire
LIEN ARTICLE :
https://journals.lww.com/neurosurgery/abstract/2021/10000/surgery_of_insular_diffuse_gliomas_part_2_.5.aspx